JURIDIQUEPublié le 01/02/2026

Jours fériés : une conquête sans cesse menacée

Comprendre et défendre vos droits face aux attaques répétées contre les jours fériés

Suite à la récente proposition de loi déposée par des sénateurs centristes visant à remettre en cause le caractère obligatoirement férié et chômé du 1er mai, la question des jours fériés est revenue brutalement dans le débat public.

Ce n’est pourtant pas une première. Depuis plusieurs années, les jours fériés font l’objet d’attaques répétées destinées à augmenter le temps de travail sans augmentation de salaire. En 2004 déjà, le gouvernement Raffarin s’en prenait au lundi de Pentecôte avec la mise en place de la « journée de solidarité ». Puis, en 2025, le gouvernement Bayrou tentait de supprimer le lundi de Pâques et le 8 mai.

Combien existe-t-il de jours fériés ?

Le Code du travail fixe 11 jours fériés légaux :

  • le 1er janvier ;

  • le lundi de Pâques ;

  • le 1er mai ;

  • le 8 mai ;

  • l’Ascension ;

  • le lundi de Pentecôte ;

  • le 14 juillet ;

  • l’Assomption ;

  • la Toussaint ;

  • le 11 novembre ;

  • Noël.

(Article L3133-1 du Code du travail)

En Alsace-Moselle, le vendredi saint (dans certaines communes) ainsi que le 26 décembre sont également fériés. (Article L3134-13 du Code du travail)

Les jours fériés sont-ils obligatoirement chômés ?

Non. Seul le 1er mai est obligatoirement férié et chômé en vertu de l’article L3133-4 du Code du travail.

Pour les autres jours fériés, leur caractère chômé dépend :

  • d’un accord d’entreprise ;

  • d’un accord d’établissement ;

  • d’une convention collective ;

  • ou, à défaut, d’une décision unilatérale de l’employeur ou d’un usage.

Depuis les ordonnances Macron, l’accord d’entreprise prime largement sur l’accord de branche concernant les jours fériés. Ainsi, un accord d’entreprise peut prévoir des dispositions moins favorables que celles de la convention collective.

La journée de solidarité : une première remise en cause

La loi du 30 juin 2004 a instauré la « journée de solidarité » pour financer l’autonomie des personnes âgées et handicapées. Jusqu’en 2008, cette journée correspondait obligatoirement au lundi de Pentecôte. Depuis, un autre jour peut être fixé par accord collectif ou par décision de l’employeur.

Pour les salariés mensualisés, cette journée correspond à une journée de travail supplémentaire non rémunérée. Pour les salariés au forfait jours, elle se traduit par une journée travaillée en plus dans l’année.

Peut-on travailler un jour férié ?

Concernant le 1er mai, les salariés ne doivent en principe pas travailler. Ils doivent néanmoins être rémunérés normalement même s’ils ne travaillent pas ce jour-là. (Article L3133-5 du Code du travail)

Des exceptions existent toutefois dans certains secteurs où l’activité ne peut être interrompue, comme la prévention sécurité. (Article L3133-6 du Code du travail)

Une proposition de loi examinée début 2026 visait d’ailleurs à élargir les secteurs pouvant faire travailler les salariés le 1er mai. Elle n’a finalement pas été adoptée.

Pour les autres jours fériés, sauf disposition conventionnelle contraire, ils restent des jours ouvrables ordinaires et peuvent donc être travaillés sans majoration automatique de salaire.

Le travail un jour férié est-il mieux payé ?

Pour le 1er mai, oui. Les salariés qui travaillent ce jour-là doivent percevoir une indemnité égale au montant de leur salaire : leur rémunération est donc doublée. Cette majoration ne peut être remplacée par un repos compensateur. (Cass. soc., 30 novembre 2004, n°02-45.785)

Pour les autres jours fériés, il faut se référer :

  • aux accords d’entreprise ;

  • aux conventions collectives ;

  • aux usages applicables dans l’entreprise.

Certaines conventions collectives prévoient le maintien intégral du salaire lorsque le jour férié est chômé.

Comment sont rémunérés les jours fériés chômés ?

Lorsqu’un jour férié est chômé, aucune perte de salaire ne doit intervenir pour les salariés mensualisés. La jurisprudence rappelle que le salarié doit percevoir l’intégralité de la rémunération qu’il aurait normalement touchée.

Le Code du travail prévoit toutefois une condition d’ancienneté minimale de trois mois pour bénéficier du maintien de salaire. Cette règle concerne aussi bien les salariés en CDI qu’en CDD. (Article L3133-3 du Code du travail)

Qu’en est-il des saisonniers et intérimaires ?

Les travailleurs saisonniers bénéficient également du paiement des jours fériés chômés sous réserve de trois mois d’ancienneté.

Pour les intérimaires, le paiement des jours fériés s’applique dès lors que les salariés permanents de l’entreprise utilisatrice en bénéficient.

Que faire en cas de non-respect des règles ?

En cas de non-paiement des jours fériés ou de non-respect des dispositions légales ou conventionnelles, le salarié peut saisir le Conseil de prud’hommes afin de réclamer un rappel de salaire. L’action se prescrit par trois ans à compter du moment où le salaire aurait dû être versé.